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Éditions du Canoë

Tout vaut la peine si l'âme n'est pas petite
Fernando Pessoa

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Kiefer

La Ruine, au commencement
Image, mythe et matière

Il fallait un esprit comme celui d’Ishaghpour, familier de la philosophie allemande comme de l’histoire de la peinture occidentale,  pour réussir à donner la dimension de l’œuvre de Kiefer et décrypter les mécanismes sous-jacents à son élaboration.
Né sous les bombes, Anselm Kiefer a appris le monde en jouant dans les ruines. C’est l’origine et l’horizon de son œuvre qui s’est voulue, dès le départ, à la mesure de la grandeur auto-proclamée, auto-détruite et ravagée de l’Allemagne, et, partant de là, de celle de l’Histoire de l’humanité entière, depuis la désolation des paysages calcinés jusqu’aux décombres d’anciens temples, et même du désastre originaire inhérent à la création du monde. Héritier de l’idéalisme et du romantisme allemands, Kiefer englobe et s’approprie tout – du matériel et de l’immatériel, du cosmos et de l’univers humain : ses propres rognures d’ongles et les brins d’herbe, l’empyrée, les cailloux et les fleurs, les mythes de diverses croyances (germanique, juive, grecque, chrétienne, gnostique), la parole des poètes (Ingeborg Bachmann, Paul Celan, surtout, et beaucoup d’autres), les traces de l’Histoire, les anges, les plantes et les constellations. Utilisant des matériaux et des techniques divers, démultipliant les supports (peinture, sculpture, vitrine, livres innombrables, ateliers grandioses, véritables domaines, cosmos à part entière), Kiefer, devant le désenchantement du monde, a recours, comme Wagner avant lui, au mythe et au « grand art ». Cet essai puissant et profond interroge à travers l’œuvre de Kiefer, la possibilité de l’art dans un monde qui – après Auschwitz – a survécu à sa propre ruine.

 

ishaghpouyr-kiefer--la-ruine-au-commencement
24,00 € each


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Youssef Ishaghpour
essayiste 1940-2021
par Pierre Samson

 

article le monde


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La chronique de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

[verso-hebdo] 27-01-2022

 

Kiefer. La ruine, au commencement - images, mythe et matière, Ishaghpour, Editions du Canoë, 552 p., 24 euro.

Anselm Kiefer (né le 8 mars 1945 à Donaueschingen) est sans aucun doute l'un des plus grands créateurs de notre époque (parmi lesquels il faut compter aussi Gérard Garouste). Il a fait des études de droit, de langues et de littératures romanes, puis s'est tourné vers l'art (Académie de Fribourg-en-Brisgau puis celle de Karlsruhe). Il entre en relation avec Joseph Beuys à l'académie de Düsseldorf. Il s'installe à Buchen (dans le Bade-Wurtemberg) au début des années 1980. Il expose aux Etats-Unis à la fin de cette décennie. Il s'installe un temps à Höpfingen, puis se rend en France en 1992, d'abord à Barjac, avant de s'installer à Croissy-Beaubourg en Seine-et-Marne. Sa vision de l'art est souvent mal comprise avant que Daniel Arase écrive un remarquable ouvrage à son sujet en 2001 aux Editions du Regard. Sa pensée fait son chemin malgré bien des incompréhensions et des critiques souvent violentes et on lui octroie la chaire de « création artistique » au Collège de France en 2010.
L'essai que lui consacre Ishagpour est remarquable en tous points. Il s'est montré à la hauteur d'une oeuvre complexe et exigeante. Il commence par évoque ses présupposés philosophiques. Il n'est pas indifférent à ce que Hegel a pu dire sur l'idée d'un art qui deviendrait purement réflexif. Mais il se sent néanmoins plus proche de Martin Heidegger. Il prend en tout cas acte que l'ancienne conception de l'oeuvre d'art a disparu. Mais Kiefer n'a pas renoncé pour autant aux grandes ambitions de la peinture, qui passe par la métaphysique et même la mystique. C'est sans doute une contradiction, mais c'est l'essence même de sa démarche. Tout comme il se veut moderne tout en revendiquant, par exemple, des genres issus du passé, comme le paysage, par exemple. Ses tableaux vont de pair avec ses installations et ne semblent pas appartenir à deux mondes différents. Ils représentent deux manières différentes d'aborder une même question artistique dans le démembrement généralisé d'une tradition qui a déjà connu pas mal de métamorphoses et, récemment, de violences conceptuelles. Kiefer n'a que faire des classifications depuis longtemps adoptées. Il a imaginé une façon très personnelle de développer ses créations. L'auteur souligne qu'il a mis au point une méthode de travail déroutante qui part de la photographie et va vers la peinture.
Elle n'a rien d'original en tant que telle, mais elle retourne même à l'usage primordial qu'ont pu faire les artistes ont des clichés photographiques au fil du XIXe siècle, jusqu'au jour où certains pionniers de cette nouvelle technique ont voulu concurrencer la peinture. Pour lui, c'est un procédé pour rester en relation avec le réel, mais dans l'idée dc le métamorphoser au bout du compte. Ainsi, Kiefer a désiré procéder à un rapprochement avec la dimension concrète qu'il entend mettre en scène tout en instaurant une distance. C'est la poétique de l'artiste qui se déploie ainsi en passant par toutes ces étapes qui consistent à une forme de paradoxe. Ishagpour examine les rapports que l'artiste a eu avec ses contemporains. Il a considéré que le minimalisme a atteint un point mort et que beaucoup de ses pairs ont abdiquer l'idée de « faire sens » dans une optique philosophique. Il a montré ses tableaux à Josef Beuys, mais ce dernier n'a joué aucun rôle dans l'évolution de son travail. Seul Kounellis a choisi de penser dans une direction plus proche de la sienne. Il demeure fermement attaché à l'idée d'apporter sa propre vision sur le monde et, plus que tout, sur l'histoire récente de l'Allemagne. C'est là une volonté de rompre de façon drastique avec un aspect de l'art depuis la dernière guerre.
Mais Kiefer est plutôt ironique et sceptique par rapport à l'histoire. Quant à l'Allemagne, lui qui se revendique l'héritier de Novalis, il y discerne des contradictions très fortes, insoutenables, entre lumière et obscurité (mais pas seulement). Il cherche à passer de l'autre côté de ce miroir qu'est l'histoire. Mais il ne se veut en rien historien, et n'a recours aux mythes que pour comprendre comment le présent a pu prendre naissance sur des bases antiques. Il fait de ses oeuvres autant de jalons pour son interprétation du monde actuel. Il sait que tout cela n'est que fiction et que cette fiction a forgé notre histoire. C'est cela qui le met en mouvement. Il vit cette intelligence et cette intuition comme autant de catastrophes. Quand il recherche une signification, il extrapole et discerne à un certain moment une image écrite. Qu'on lise Die Ungehorenen : « L'art n'est pas une expression dégradée de l'idée, ni la présentation dégradée d'une idée, il présente ce qui n'est pas "idée”. »

C'est dans cette optique qu'il convient de comprendre ce qu'il espère nous faire voir.
Dans son esprit, il y a d'abord une gestation qui finit par produire aussi une réfraction et une destruction. Notre auteur réussit parfaitement à exposer ce que sont les tableaux pour Kiefer, comment il les élabore et comment, au prix de tensions et de contradictions, il parvient à choisir un moment donné de ce parcours intérieur. Ce qui fait la valeur de son livre monumental, c'est qu'il prend le temps de cerner chaque aspect de cette quête qui est à la fois passionnée et douloureuse, jubilante et tragique. Kiefer n'a pas de leçons à donner. Il s'efforce de rendre tangible toutes sortes de pensées qui lui ont traversé l'esprit et qui ont fini par cristalliser ce qui n'est pas une représentation, mais une étape fondamentale de cette incursion dans un inconnu qui est justement ce point où le conduit sa connaissance, sa mémoire et son intuition. C'est sans aucun doute une sorte d'alchimie, mais qui n'aurait rien à voir avec les anciennes sciences occultes, mais plutôt une transmutation de nature poétique qui se départit des mots, où les livres, les bibliothèques, les musées ont leur place, même si ce ne sont pas parfois que des ombres issues d'une mythologie sans cesse reconstruite. Cet ouvrage est une magnifique excursion savante et pourtant plaisante au coeur d'une oeuvre primordiale de ce tournant de siècle qui ne se délivre pas si simplement.
Il nous offre quelques clefs pour pénétrer dans ce continent cérébral qui s'est peu à peu ancré dans la matière. C'est remarquable. Nul amateur d'art de notre époque ne saurait manquer de s'y plonger. Rarement un historien d'art n'a examiné une recherche contemporaine avec autant discernement et d'à-propos.

 

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« Le rôle de l’art, c’est de survivre » : l’hommage d’Anselm Kiefer à Paul Celan

Michaël de Saint-Chéron

 source : www.nouvelobs.com

 

 

Un livre à part, ni biographie, ni album, sans aucune image, signé Youssef Ishaghpour et intitulé Kiefer : La Ruine, au commencement. Historien du cinéma puis historien d’art, Ishaghpour a passé sept années à écrire son livre sans chercher une seule fois à rencontrer Kiefer. Il est mort quelques jours avant la sortie de ce très puissant livre, habité par une double flamme : la sienne et celle d’Anselm Kiefer. Ce livre va si loin dans la quintessence de l’art de Kiefer, que l’on peut se dire, un peu trop facilement j’en conviens, qu’il y a tout dit, tout écrit et qu’il ne lui restait plus rien d’aussi important à nous laisser en postérité. Il faut lire le Kiefer d’Ishaghpour après avoir vu et revu l’exposition « Pour Paul Celan », pour commencer à comprendre quelque chose de ce formidable et encore une fois capital artiste allemand, franco-allemand, d’Europe et du monde, mais aussi approcher autrement la Ruine et le commencement. La plus puissante idée de Kiefer est de dire que « l’art survivra à ses ruines », titre de leçon inaugurale au Collège de France du 2 décembre 2010. Ishaghpour a des pages d’une force remarquable sur l’opposition Adorno/Kiefer. Si pour le premier, Auschwitz était devenu l’impossibilité de la possibilité, en art comme en poésie, pour Kiefer, au contraire, à partir de l’œuvre de Paul Celan, la poésie et l’art sont plus urgents que jamais.

 

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Kiefer, La ruine, au commencement

Image, mythe et matière

de Youssef Ishaghpour

 Lecture par Claire Fourier, 3 janvier 2022

 

 

J’ai honte. J’avoue ne savoir par quel bout, en vue de rendre compte de ma lecture, prendre Kiefer, La Ruine, au commencement, de Youssef Ishaghpour, récemment édité par les Éditions du Canoë, à l’occasion de l’exposition Kiefer, au Grand Palais éphémère, sur le Champ de Mars. Comment résumer un livre dense et fouillé, de 542 pages ?

 

Je devrais me contenter de vous dire : Courez voir l’expo avant qu’elle ne s’achève le 11 janvier, elle est impressionnante ; ensuite lisez le livre, impressionnant aussi : analytique, mais agréable à lire ; on y déambule, on pose le livre, on y revient en hâte. On apprend plein de choses sur la vie, l’œuvre du plasticien, et cela nourrit notre réflexion sur l’art.

 

Je connaissais Kiefer – comme un peu tout le monde. Je ne mesurais pas combien il est l’artiste majeur de notre époque. Le livre d’Ishaghpour m’éclaire.

 

Originaire de la Forêt-noire et des bords du Rhin, Kiefer est né en 1945 dans une cave, sous les bombardements, d’un père officier de la Wehrmacht. Le premier son entendu fut celui des bombes, le premier paysage distingué fut sa maison en ruine et une ville en ruine. Il a grandi dans les décombres et joué non avec des billes, avec des gravats. Les premières femmes aperçues dans des rues qui n’en étaient pas furent des Allemandes quasi en haillons faisant la chaîne avec des seaux, des briques, des débris.

Il reçut une éducation catholique, commença des études de droit, s’intéressa à l’Histoire (comment expliquer ce qui s’était passé et que l’on taisait ?), à la philosophie, à la théologie, devint un familier de la Bible, de la Kabbale (rendu sensible à une connexion entre ciel et terre, à cela qui nous dépasse).

Il fit une retraite au monastère de la Tourette, conçu par Le Corbusier, y fut fasciné par la poésie du béton, y eut la révélation de sa vocation, abandonna le droit pour l’art (mettre des images sur l’indicible, faute de mots), entreprit de sillonner l’Europe, endossant l’uniforme de son père pour éprouver le passé nazi dans toutes ses dimensions, assumer un héritage et l’exorciser.

 

Très vite « être un grand peintre a été une certitude absolue », dit Kiefer. Il se met à peindre des tableaux, s’installe en France, récupère, entasse toutes sortes de matériaux, destinés à des « installations », dans des ateliers qu’il fait bâtir, l’un dans les Cévennes, à Barjac, autour d’une ancienne filature devenue laboratoire, arsenal de 60000 m2 (vous avez bien lu) avec 50 bâtiments reliés par des tunnels et des chemins que l’artiste sillonne en vélo ou voiture, espace parsemé de containers remplis d’objets hétéroclites qui serviront, il ne sait quand, ni à quoi. Il construit une tour pour la voir s’effondrer.

La destruction et les cicatrices le fascinent. L’Histoire est son matériau de prédilection.

Quand la toiture de la cathédrale de Cologne, en plomb, dut être changée, il acheta et transporta dans ces ateliers le matériau qui avait été synonyme de destruction pendant la guerre, en vue d’une reconstruction sous forme d’œuvre d’art. – Un art « matiériste » dit Ishaghpour.


Kiefer conçoit de la sorte son œuvre comme un théâtre gigantesque, une « cathédrale de lumière » écho à celle de Speer à Nuremberg, où transformer le négatif de la guerre en positif, le plomb en or dans un haut-fourneau d’alchimiste (écho aussi aux fours crématoires).

Il travaille avec des assistants, sans téléphone, en ermite forcené du travail – du work in progress car ses œuvres ne sont jamais « finies ».

Ermite forcené du travail. Mais encore ? Le grand artiste a tous les droits car il est l’homme du « comme si », pas de la réalité : il peut mimer Néron chantant face aux ruines ; Héliogabale Sol Invictus ; Louis II de Bavière, égaré dans ses châteaux qui touchent les nues ; tel ou tel héros de Wagner et du Walhalla ; et surtout Lucifer, le Porte-lumière, l’ange déchu qui relie le ciel et la terre (d’où les tenues blanches et un air d’archange chez Kiefer ?). « Seul un iconoclaste peut-être un grand artiste », dit-il.

Il lit, écrit beaucoup, s’identifie à Genet (rencontre fondatrice), Paul Celan (rencontre salvatrice), Antonin Artaud (folie transperçante), Céline (pessimisme lyrique)... Il se donne plus que le droit, le devoir de mimer Hitler afin de comprendre sa folie, et se donne pour mission d’être un guide, un führer, cette fois bénéfique. « La situation de l’artiste n’est jamais pure », dit Kiefer. Il vit néanmoins son art comme un sacerdoce.

 

Il a grandi près de chez Heidegger et d’une colline qu’il appelait le Mont des Oliviers. Habité par la dualité psychique des allemands. Hanté par la philosophie germanique et la peinture de Dürer. – Kiefer, c’est Melancholia.

 

Kiefer, c’est le « Jeu de la tristesse », un jeu macabre dans une forêt de sapins enneigés, d’océans charbonneux, de fleurs de cendre, de champignons géants, poisons ou remèdes, d’avions rouillés aux ailes plombées.

 

Kiefer est un innocent qui s’exerce au mal pour voir comment fonctionne le mal. Il examine l’obscurité, en quête de lumière, d’absolu et d’eschatologie. Jeu dangereux. Bernard Noël me disait un jour avoir écrit Le Château de Cène pour dénoncer la torture. Avoue plutôt, répliquais-je, que tu es fasciné par la cruauté et qu’il eût suffi de peu pour que tu cèdes au chant de sirènes qu’il te faut exorciser via l’écriture. Il y a chez tout grand artiste une fascination pour le mal et un mélange de sadisme et de masochisme. D’où l’art comme esthétique du mal.

 

Kiefer évolue dans un hortus philosophorum avec la « palette du Saint-Esprit », ce qui ramène à son catholicisme, à la vie comme processus permanent : « Je crois en la résurrection, en la vie éternelle », dit-il. – Pesanteur et légèreté. Œuvre fondée sur le paradoxe.

 

Ishaghpour nous donne à apprécier la manière de Kiefer de tout brasser, de tout englober sans parti pris, en revendiquant l’ambiguïté de l’art. Son livre aurait pu s’appeler aussi : Portrait de l’artiste en Serpent ambigu.

 

Je songe, en lisant, que Kiefer aurait pu être un Ernst Von Salomon, un Réprouvé, et que ce mystique s’apparente, plus qu’à quiconque, à Kierkegaard : au philosophe qui a conçu l’existence comme drame de la conscience

 

Kiefer, c’est ainsi, outre une facture picturale riche en couleurs (jusqu’au coloré décoloré par le temps), épaisse, souvent grattée (pour souligner la multitude des strates), une cosa mentale et un « voyage au bout de la nuit ». Voilà une œuvre qui pourrait s’appeler Ça a commencé comme ça, avec la guerre et ses stigmates. – Et ça continue comme ça, parce qu’« il y a toujours des survivants pour un renouveau. »

 

Mais avant tout, Kiefer, c’est l’œuvre d’un chamane : on y ressent une présence primitive, magique, une « combinatoire de symboles » et d’allégories destinée faire voir, de strate en strate, ce qui est derrière, à savoir l’élémentaire ; son art, dit-il, est « une archéologie à l’envers » tracée le long d’une Voie sacrée.

 

Et c’est l’œuvre au noir d’un prophète, d’un rédempteur-dictateur qui a une « palette à la place du cœur », qui aspire à une iconologie totalisante, à une cosmogonie : au « liber mundi », et n’a de cesse d’y parvenir pour donner (via l’espace entre les choses, plus important que les choses) un sens à l’Histoire. – Œuvre qui repose sur la transmutation de l’artiste en être surhumain.

 

Kiefer, dit Ishaghpour, n’a plus souci de peindre une toile, c’est trop limité. Il a besoin d’illimité. De fait, le village-atelier de Barjac fait penser à Giverny. Si opposés qu’ils soient, Monet et Kiefer évoluent dans l’art comme dans la nature : l’art et la nature devenus une seule palette, aux couleurs du renouveau, de la saison climatique ou humaine.

 

L’auteur dissèque finement l’œuvre du plasticien sur fond de mythologie nordique. J’ai été surprise de ne jamais lire le mot « celte ». Or, l’Iranien Ishaghpour et l’Allemand Kiefer sont issus du vieux fonds indo-européen qui a donné le dieu Mithra – ce qui peut expliquer que l’écrivain comprenne si bien si bien le goût de l’artiste pour la métamorphose, les intersignes, l’intervalle sacré.

Kiefer m’apparaît avant tout comme un quêteur du Graal.

 

Et les femmes ? Elles sont les anges gardiens de l’ange rebelle. Elles sont la part du rêve. Filles-fleurs vêtues de longues robes blanches, ce sont la moniale Hilgdegarde de Bingen, l’impératrice Élisabeth d’Autriche, la reine Marie-Antoinette... Un chapitre du livre leur est consacré.

Je m’arrête, sinon je vais partir dans des pages aussi longues que celles d’Ishaghpour. – Lisez son livre, c’est mieux, et ne négligez pas l’exposition. Elle vous attend. Si peu de visiteurs, quel dommage, pour un artiste qui, selon moi, est à notre époque ce que Picasso fut à la sienne.



(Youssef Ishaghpour. Kiefer, La Ruine, Au commencement. Image, mythe et matière. Éditions du Canoë, 2021, 542 p., 24 euros. On salue l’audace et la ténacité de Colette Lambrichs fidèle à l’esprit qui fit les beaux jours de la Différence ; et l’on déplore la mort subite de Youssef Ishaghpour, au moment où son texte partait à l’imprimerie.)

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