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Éditions du Canoë

Tout vaut la peine si l'âme n'est pas petite
Fernando Pessoa

Ed Lacy - TraquenoirEd Lacy

Traquenoir

Le héros de Traquenoir est un Afro-Américain nommé Toussaint Marcus Moore. Engagé comme détective pour retrouver l’auteur d’un crime oublié dont l’arrestation constitue le clou d’une émission de téléréalité à gros budget, il doit pister un pauvre Blanc, lequel, malgré la filature serrée dont il est l’objet, se fait assassiner. C’est alors lui, Toussaint Marcus Moore, qui devient le premier suspect... et il est noir ! Si on l’arrête, il est bon pour la chaise électrique. Il faut donc absolument qu’il retrouve l’assassin.
L’intrigue est très bien menée. Le suspens ne faiblit pas. Le roman se déroule dans une Amérique blanche et raciste des années du maccarthysme. Avant les héros de Chester Himes, Ed Cercueil et Fossoyeur-Jones, Toussaint Marcus Moore est le premier personnage noir de détective, faisant de Leonard Zinberg alias Ed Lacy un pionnier au talent incontestable.

 

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18,00 € each


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Claire Devarrieux, Libération, 14 mai 2022

 

Assurer une filature dans un quartier blanc quand on est un privé noir au volant d'une Jaguar tient de la gageure. On est à New York dans les années 50, Toussaint « Touie » Marcus Moore accepte le contrat parce qu'il est fauché. Engagé par la production d'une nouvelle émission de télé-réalité, « Le détective, c’est vous », Touie est censé ne pas lâcher d'une semelle le criminel en fuite que les téléspectateurs doivent trouver à l'aide d'indices et dénoncer à la police. Quant le type en question est assassiné, Touie, qui fait un coupable idéal, s'en va chercher dans une petite ville du Sud l'origine de ce pataquès. 
Ed Lacy est un des pseudonymes de Leonard Zinberg (1911-1968), Juif, communiste, victime du maccarthysme, antiraciste dans la vie comme dans ses romans.


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Chronique littéraire, Radio MDM, 6 mai 2022

 

lire l'article, https://www.radio-mdm.fr/podcast/chronique-litteraire-traquenoir-de-ed-lacy-05-05-2022/


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Julien Védrenne, La Tête en noir, mai/juin 2022

 

Les romans noirs américains avec des détectives afro-américains ne sont pas monnaie courante en France. À dire vrai, les auteurs de noir afro-américains ne courent pas les rues de Navarre. On se souvient de Chester Himes (La Reine des pommes), le père d’Ed Cercueil et de Fossoyeur Jones, et de ses pérégrinations sur le bassin d’Arcachon. Plus près de nous, Jake Lamar (Nous avions un rêve), qui a perpétué une vieille tradition francophile en quittant le Bronx pour s’installer dans notre pays. C’est à peu près tout. En revanche, les personnages transgressifs afro-américains foisonnent (chez George P. Pelecanos ou Elmore Leonard entre autres) et peuvent être dépeints avec délicatesse et talent (on ne reviendra pas non plus sur le dernier roman jubilatoire d’Élie Robert-Nicoud, Deux cents noirs nus dans la cave). Deux publications récentes, qui sont d’ailleurs des rééditions, remettent ces personnages de détectives noirs sur le devant de la scène. À l’instigation de Roger Martin (romancier qui avait également dirigé le regretté fanzine Hard-Boiled Dicks), une nouvelle traduction de Room to Swing (1957), d’Ed Lacy, qui met à l’honneur le premier privé (amateur) afro-américain : Toussaint Marcus Moore dit Touie. Il habite New York, survit au crochet de sa petite amie qui rêve de le voir intégrer l’administration postale quand il est débauché par Kay, qui travaille pour une émission proche de la téléréalité, et qui lui offre un contrat mirobolant (mille cinq cents dollars hors frais) pour un travail a priori simple : surveiller un certain Thomas, recherché par la police, pour ne pas qu’il fuit avant une certaine date. Sauf que tout ne va pas se passer comme prévu, et que Touie va tomber dans un traquenard (d’où le titre choisi en français en lieu et place de À corps et à crimes dans sa première traduction aux Presses de la Cité dans la collection « Un mystère »). Le roman par sa facture est éminemment classique avec un homme chargé d’enquêter avec urgence sur un complot le visant pour prouver son innocence. Ce qui est intéressant, c’est de découvrir les petites touches sociétales qui démontrent un racisme omniprésent, et de comprendre que le passage à tabac des flics blancs de New York est une menace terrible, presque plus que la chaise électrique qui attend Touie au bout du couloir s’il ne trouve pas le coupable et les preuves qui vont avec. On pourrait rajouter un aller-retour à Bingston, Ohio, et la rencontre avec Frances. Dans sa préface, Roger Martin fait le comparatif entre ce roman, admiré par les plus grands à l’époque de sa sortie, et Dans la chaleur de la nuit (dont l’adaptation de Norman Jewison avec Sydney Poitier et Rod Steiger vaut un certain détour), de John Ball. Roger Martin est très critique avec ce roman que j’ai lu dernièrement dans sa dernière traduction (1992). Il me semble que l’intrigue tissée par John Ball est de haute facture, et qu’elle met pareillement en avant cette violence raciste sociétale. Pire : il me paraît que le héros de John Ball, Virgil Tibbs, inspecteur de police à la criminelle de Pasadena en Californie, perdu dans un bled paumé de Caroline, risque de mourir à chaque page. Lisez les deux, et faites-vous votre avis. Pour en revenir à Ed Lacy, Roger Martin signe également sa biographie, Ed Lacy : un inconnu nommé Len Zinberg, chez À plus d’un titre. Gageons qu’il traduira les autres romans de cet auteur aux éditions du Canoë, comme c’est le cas pour Traquenoir.

 

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